Interview

Taïder : «Parce que j’ai choisi la MLS, je dois être écarté de la sélection ?!»

«Je n’ai aucun différend avec Feghouli»

Auteur : Said F. lundi 12 mars 2018 23:05

Saphir Taïder a choisi cet hiver de quitter le vieux continent et d’opter contre toute attente pour la MLS, plus précisément pour le club canadien de l’Impact de Montréal. Étant un cadre de la sélection nationale, cela a bien évidemment suscité l’interrogation des observateurs de la balle ronde algérienne quant à l’avenir de l’ancien joueur de l’Inter Milan avec les Verts. Joint par nos soins, Saphir a accepté de répondre à notre demande d’interview et se confier comme il l’a rarement fait pour nos chers lecteurs. En toute franchise, il a répondu sans détour à toutes nos questions. Appréciez :

D’abord, Saphir, on vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions sachant que vous êtes très convoité par les médias actuellement…
Il n’y a pas de souci. Je suis à votre disposition.
Si vous le voulez bien, on va commencer cette interview en revenant sur votre choix d’opter cet hiver pour le club canadien de l’Impact de Montréal. Un choix assez surprenant car on ne vous voyait pas forcément quitter précipitamment le continent européen…
Oui, c’est vrai. Le choix de venir ici au Canada, ce n’est pas tout le monde qui le fait. J’aurais pu rester en Europe, mais voilà, ici, je venais en tant que joueur désigné. Le président me voulait absolument, le coach aussi me voulait à tout prix. La MLS est un championnat qui ne cesse de grandir. La Ligue qui gère le championnat est très sérieuse. Vous savez comment ça se passe aux États-Unis. Personne ne déroge aux règles. Tout est rigoureux et professionnel. Je rajouterai quelque chose d’important aussi.
Oui, allez-y…
Les infrastructures sportives que ce soit ici à Montréal ou bien dans les autres clubs de la MLS sont incroyables. Tout est neuf. Les stades sont beaux et pleins à chaque match. Ici, les gens vivent pour le sport. C’est une autre mentalité que je découvre. Je connais beaucoup de joueurs qui voudraient venir en MLS, mais après, il y a des règles ici, donc tout le monde ne peut pas venir. Les clubs n’ont droit qu’à trois joueurs désignés et le reste, c’est des joueurs qui sont salariés de la Ligue. Et c’est cette Ligue qui contrôle le championnat. Que ce soit sportivement ou humainement, je suis très content jusqu’à présent. Ici, ça parle français. Je suis avec ma famille et déjà, avant de venir, je savais qu’ici, beaucoup d’Algériens y vivaient. D’ailleurs, tout le monde m’a envoyé des messages pour me féliciter d’avoir signé pour l’Impact. On m’interpelle très souvent dans la rue…
On est d’accord pour dire que la MLS attire de grands joueurs. Mais à 25 ans, certains peuvent penser que vous aviez de la marge et que vous auriez pu attendre trois ou quatre ans au moins avant de tenter cette expérience aux États-Unis…
Le truc, c’est que les gens disent que je peux attendre 30 ou 31 ans pour sortir de l’Europe et tenter une expérience comme ça, mais il faut que vous sachiez qu’en MLS maintenant, ils ne ramènent plus les joueurs de cet âge. Les clubs désormais veulent des jeunes joueurs pour construire leur championnat. 

Mais il y a eu pas mal de grands joueurs qui dépassaient la trentaine et qui ont été recrutés à prix d’or par pas mal de clubs de MLS…
Oui, mais ça, c’était au tout début. Les clubs prenaient des stars du foot afin de lancer leur championnat et le faire connaître à travers le monde. C’était aussi une manière d’attirer un maximum de supporters dans les stades. C’étaient des stars planétaires qui venaient. Maintenant, si un joueur se dit «je vais attendre 30 ou 31 ans pour venir jouer en MLS», et bien, sachez qu’ils n’ont plus besoin de vous. Ça ne les intéresse pas. C’est pourquoi mon choix a été bien réfléchi. Le football n’a plus de frontière désormais. Je rajouterai quelque chose…
Allez-y…
Moi, je savais qu’ici, avec un coach comme Rémi Garde, j’allais continuer à progresser. Le championnat reste toujours compétitif. On a joué le week-end dernier notre premier match du championnat à Vancouver et je peux vous dire que ce n’était pas du tout facile. Je sens que je progresse, je découvre une autre mentalité. Ne vous inquiétez pas, en venant ici, je ne vais pas perdre mon football.
Vous ne venez pas ici pour prendre votre retraite quoi…
C’est impossible. Vous ne pouvez pas prendre votre retraite dans un championnat aussi dur que la MLS. Et sachez une chose, moi, j’aime trop le football. J’ai aussi des comptes à rendre. Je ne suis pas venu ici comme ça. Il faut que je reste constamment concentré, que je montre l’exemple. Il faut que je sois un leader et que je travaille d’arrache-pied. Ma passion, c’est le foot, je ne me lève pas les matins pour rien. J’ai envie de gagner des titres et enrichir mon palmarès.
Certains pensent que vous avez surtout privilégié l’aspect financier puisque votre salaire n’a plus rien à voir avec ce que vous touchiez avant à Bologne. Vous répondez quoi ?
Je vais vous dire une chose. Quand vous signez un contrat dans n’importe quel travail que ce soit dans le sport, à la mairie de votre ville, la poste ou n’importe où, vous ne le faites pas les yeux fermés, on est d’accord ? Dans tout travail forcément, il y a des négociations que ce soit pour moi ou pour vous dans votre travail. El Hamdoulilah, j’ai la chance de faire du foot mon métier et moi, à ce que je sache, je n’oblige personne à me ramener et à me payer. C’est par mon travail que j’ai ce salaire. Je me lève le matin pour ce travail.
Mais vous n’avez pas vraiment répondu à la question…
Écoutez, je ne vais pas mentir… Forcément, quand tu joues au foot, tu négocies ton salaire et d’autres trucs. Moi, ce qui m’a intéressé le plus dans ce projet de l’Impact, ce n’est pas l’argent. Le coach m’a appelé personnellement et m’a convaincu. Il parle français aussi… S’il n’y avait pas eu Rémi Garde, je n’aurais sans doute pas eu les mêmes envies. Le président aussi, je le connais. C’est quelqu’un de sérieux. Il est professionnel et il a envie de faire de belles choses avec le club. Montréal aussi est une ville magnifique. Les gens parlent français. C’est tout un ensemble de choses. Moi, si demain, on me dit «Va en Chine et tu toucheras le pactole», je n’y vais pas. Vous voyez ce que je veux dire… La MLS est très réputée à présent. Tout le monde parle de ce championnat. Je vous fais même une confidence…
Laquelle ?
Beaucoup de joueurs m’appellent et me disent : «Saphir, on aimerait bien venir jouer en MLS. On veut te rejoindre à Montréal.» Ils me demandent de voir auprès du coach et du président si c’est faisable. Et je vous parle de joueurs très connus. Ils veulent tous venir ici. C’est une Ligue qui est immense. Ici quand ils font les choses, ce n’est pas à moitié qu’ils le font. Que ça soit dans le football, le basketball, le football américain… C’est vraiment grandiose.
Après avoir disputé pas mal de matchs amicaux durant la période de préparation, vous avez pris part le week-end à votre premier match officiel avec votre nouvelle équipe. Comment avez-vous trouvé le niveau de jeu de ce championnat ?
Franchement, je n’ai pas été surpris par le niveau de jeu parce que je savais que ça n’allait pas être facile. Il y a beaucoup d’engagement. Après, tactiquement, ce n’est pas la perfection. Ce n’est pas comme en Italie. Moi, j’ai été habitué à plus de rigueur sur ce volet. La MLS, c’est plus un jeu à l’anglaise. Les équipes courent de partout. C’est du box-to-box. En fin de match, il y a plus d’espaces parce que les équipes sont fatiguées. Ça reste du très haut niveau.
Jusque-là dans votre carrière, vous avez toujours été un joueur discret. Que ce soit à l’intérieur des différents clubs dans lesquels vous avez évolué ou bien en sélection nationale ou bien avec les médias. Maintenant, vous êtes arrivé à l’Impact de Montréal comme une star. Vous sentez plus de pression par rapport à vos anciennes expériences ?
Déjà, je dois dire que j’ai été très bien accueilli à mon arrivée ici. Franchement, on m’a mis très à l’aise. Je ne sens pas plus de pression.
Mais vous sentez bien que vous êtes attendu de partout?
Forcément quand on vient de loin, de l’étranger, et que vous êtes une recrue, tout le monde vous attend. Je suis arrivé à l’Inter de Milan, tout le monde m’attendait. Quand je suis arrivé à Bologne, tout le monde m’attendait. En Algérie aussi, quand j’ai débarqué en sélection, tout le pays m’attendait. Les débuts, c’est toujours comme ça. On est toujours attendu. En tant que footballeur professionnel, je me dois de m’adapter. Ça fait partie de notre métier de savoir subir la pression, mais je ne vous cache pas qu’ici, la pression est positive. Les gens du club sont vraiment fantastiques.
On imagine que vous avez rapidement remarqué qu’il y a beaucoup d’Algériens à Montréal…
Oui, beaucoup même. J’étais en Italie, un pays qui est proche de l’Algérie sauf que là, en étant très loin, je me sens encore plus proche du pays vu qu’il y a une forte communauté algérienne qui vit ici. C’est incroyable. Les Algériens, je les croise partout où je vais. On dirait qu’on est en Algérie. Ça fait vraiment plaisir. Je ne me sens pas dépaysé au moins. Ils attendaient depuis longtemps qu’un joueur algérien vienne jouer ici.
Vous devez sans doute le savoir. Vous n’êtes pas le premier joueur algérien à évoluer en MLS, puisqu’il y a eu avant vous Mbolhi…
Oui, je le savais. Raïs avait joué à Philadelphia Union.
Avez-vous pris attache avec lui avant de signer à l’Impact afin d’avoir quelques informations sur le championnat ?
Non, je ne l’ai pas contacté. Mais auparavant, il m’avait beaucoup parlé de la MLS.
Beaucoup d’observateurs ont dit que Saphir, en acceptant d’aller s’exiler au Canada, ses chances de le revoir constamment en sélection nationale vont s’amoindrir au fil des mois. Vous répondez quoi à ça ?
Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent. C’est normal, on est dans un environnement ouvert. Les médias font leur travail aussi. Je n’ai que 25 ans et j’ai presque 50 sélections. J’ai toujours mouillé le maillot de la sélection et de la première à la dernière minute du match, j’ai toujours tout donné pour le pays. Je suis arrivé en sélection, j’avais 20 ans. J’ai fait un choix en étant très jeune, mais je suis fier de l’avoir fait car on a vécu tellement de moments extraordinaires. Après, pour répondre à votre question, je suis venu dans un championnat qui reste très compétitif. Tu dis «MLS», tout le monde connaît. Donc où est le problème ? Je suis compétitif. Il y a de très grands joueurs qui viennent jouer ici, qui sont sélectionnés avec leurs équipes nationales respectives et qui vont jouer la prochaine Coupe du monde. Je ne vois pas ou pourrait être le problème. J’ai déjà montré en sélection ce que je peux apporter à l’équipe. Ce que j’ai fait durant toutes ces années en sélection, ce n’est pas dû au hasard.
L’arrivée d’un nouveau coach peut changer les choses, non ?
Il y a eu l’arrivée d’un nouveau coach. Il a fait ses choix et il faut les respecter. C’est un entraîneur algérien. Il connaît donc bien le pays et les rouages. C’était un grand joueur. Une star pas qu’en Algérie seulement. Il est connu partout dans le monde. Ici au Canada, quand je leur ai dit que notre sélectionneur, c’est Madjer, tout le monde l’a reconnu.
En parlant de Madjer. Vous a-t-il contacté ?
Non, je n’ai pas parlé avec lui directement. J’ai parlé avec un membre de la fédération. Il m’a félicité pour mon transfert.
On sait que vous êtes concerné par le prochain stage.
 Confirmez-vous avoir reçu votre convocation ?
Oui, j’ai reçu une convocation. Inch’Allah, j’y serai, à ce stage.
Lors du stage du novembre dernier, vous n’aviez pas été convoqué car vous étiez blessé. Avez-vous néanmoins eu des échos auprès de vos coéquipiers de la sélection concernant les méthodes de travail de Madjer et ses assistants ?
Oui, j’ai parlé avec des joueurs au téléphone. Riyad (Mahrez) et Yacine (Brahimi) en particulier. Ça s’est bien passé d’après ce qu’on m’a dit. Madjer a l’air très proche des joueurs et c’est de ça qu’on avait besoin. Il a l’expérience et son vécu est très intéressant. Il a joué des compétitions en Afrique et d’autres internationales. Quand on sera sur le terrain, il saura avoir les bons mots pour nous stimuler et nous guider. Il pourra aussi nous comprendre car il sait ce que sait de jouer en Afrique Noire. Ce n’est pas un Européen, donc, c’est un avantage. Il va beaucoup nous aider.
D’ailleurs, il a déclaré qu’il voulait africaniser le jeu de la sélection et en insistant sur le fait de donner aussi la chance aux joueurs locaux. Cela a fait relancer la polémique au sujet de la différence entre le joueur binational et local. Qu’est-ce que vous en pensez de tout ça ?
Je ne comprends pas pourquoi il y a ce débat. Au lieu d’en faire notre force, on se focalise sur des débats stériles et des polémiques inutiles. Nous, quand on arrive en sélection, on ne fait aucune différence. On est des Algériens comme eux et les joueurs locaux sont des Algériens comme nous. On est pareils. Quand on joue ensemble, on joue pour le même pays, le même drapeau. Il faut donc arrêter de parler constamment de ça. Focalisons-nous plus sur un autre sujet plus important et point barre ! Je le répète, c’est une force que nous avons de pouvoir compter sur ce mélange de joueurs. Il y a énormément d’Algériens qui vivent un peu partout dans le monde. C’est une chance.
Le coach national a décidé d’écarter une nouvelle fois Sofiane Feghouli et Raïs Mbolhi du prochain stage. Vous faites partie des cadres de la sélection. Quel est donc votre regard sur ça ?
Le coach a ses critères de sélection. Je ne saurai pas vous répondre. Cette question, il faudra la poser au coach justement. Nous, on est là pour être à la disposition de l’Équipe nationale. Il y a des choix qui se font et il faut les respecter. En tout cas, on est prêts à faire le maximum sur le terrain et suivre les directives du coach pour aider la sélection à se qualifier pour la prochaine Coupe du monde. Il faut se focaliser sur ça, pas s’étendre sur d’autres sujets ou sinon, on n’y arrivera pas.  
On va finir par cette question, qui demeure plutôt embarrassante. Beaucoup disent qu’il existe un différend entre Saphir Taïder et Feghouli à la suite des déclarations fracassantes tenues par ce dernier lors du stage du mois d’octobre dernier. Est-ce que c’est vrai qu’il y a une forme de tension entre Sofiane et vous ou même d’autres joueurs de la sélection vu que c’est à cause de cela principalement qu’il est écarté de la sélection en ce moment ?
(Rires) Non, il n’y a aucun problème. Je ne sais pas d’où on invente tout ça. Il n’a de problème ni avec moi ni avec n’importe quel autre joueur de la sélection. Sofiane, c’est un super gars. Il est constamment souriant et toujours à la disposition de la sélection. J’ai un rapport exceptionnel avec lui. Depuis tout petit, je le connais. J’avais 15 ans quand je suis arrivé au centre de formation de Grenoble et c’est lui qui m’a pris sous son aile. C’est lui qui me parlait. Je n’ai absolument rien à dire sur lui. C’est quelqu’un de super.
Au moins, ça a le mérite d’être clair…
Je l’espère bien.
Saphir, on vous remercie encore une fois pour votre disponibilité. On vous dit à très bientôt, Inch’Allah…
Oui, à bientôt. Merci à vous aussi.

Publié dans : Equipe Nationale taider

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