Interview

Kerbadj «Les matchs arrangés ça date de l’Indépendance, pas que d’aujourd’hui»

«Je regrette d’avoir aidé certains présidents de club»

Auteur : Youcef Koudri mercredi 21 juin 2017 03:39

Fini le cauchemar de ce long et pénible exercice 2016-2017, le président de la Ligue de football professionnel, Mahfoud Kerbadj, nous a reçus dans son bureau et a accepté de revenir avec nous sur cette saison historique. Toujours aussi direct et franc, le patron de la LFP n’a éludé aucune question et a fait le bilan. Entretien :

La saison la plus longue de l’histoire du championnat vient de s’achever enfin. On imagine que vous êtes à présent soulagé…
Je précise que ce n’est pas la saison la plus longue de l’histoire de notre football. Après, c’est vrai que si on prend en compte les dernières années, c’est incontestablement la plus longue saison de championnat celle qui vient de se terminer. Après, tout le monde connaît les raisons. Vous savez très bien que c’est les présidents eux-mêmes qui ont exigé l’épuration totale des matchs en retard avant de continuer le reste du championnat. Des clubs qui ont participé aux compétitions africaines refusaient de jouer. Tout ça a retardé la fin de ce championnat. Et le comble, c’est que ces mêmes présidents partent ensuite sur les plateaux télés et les médias pour me critiquer. C’est de l’hypocrisie pure et simple. Aussi, ça me surprend quand je vois et je lis dans les journaux ceux qui disent qu’on a joué au mois de Ramadhan. A mon sens, ce n’est pas si bizarre que cela puisqu’on a déjà joué au mois de Ramadhan par le passé et à 14h, 15h. Après, oui, c’est vrai, il fait chaud et ce n’est pas facile pour les joueurs, mais ce n’est pas notre faute. On aurait voulu faire jouer les matchs en nocturne, mais ce n’est pas à la Ligue d’assurer l’éclairage dans les stades.
Vous dites que la Ligue a voulu aider les clubs. Regrettez-vous à présent d’avoir été généreux avec ces présidents de club dans la programmation ?
Je l’ai déjà dit et je le répète. Oui, je regrette d’avoir voulu aider les présidents de club. Tous ont oublié ce que j’ai fait pour eux et ne se sont pas priés pour me tomber dessus. Certains ont même dit que Kerbadj était contre certains clubs. C’est vraiment honteux de dire ça. Avant, on m’a traité d’être un pro-CRB et de vouloir aider ce club vu que je l’avais présidé il y a quelques années. Par la suite, on a dit, non, Kerbadj veut casser le CRB. Franchement, qu’on arrête ce genre de trucs. Après, celui qui a des preuves que j’ai voulu saboter un club ou un autre qu’il les ramène.
Beaucoup de gens disaient que vous étiez contre l’Entente de Sétif…
En quoi ? L’ESS est un grand club et ce n’est ni Kerbadj ni un autre qui va le priver des titres. Cette saison, il a remporté le championnat et il l’a amplement mérité. Il n’y a rien à dire. Le mérite revient à ses dirigeants, ses joueurs et son staff technique. Quand j’entends Hammar dire que j’ai voulu saboter son club, franchement, je reste sans voix. Qu’il nous dise avec quels moyens et avec quel procédé j’ai saboté son club.
On dit que la détérioration de vos relations vous a poussé à vous venger contre le club…
Non, pas du tout. Nos relations sont bonnes. Hammar est un ami avant tout, même si on peut ne pas être d’accord dans le foot. Il a voulu se présenter à la présidence de la Ligue, je lui ai souhaité la bienvenue. Je n’étais pas contre. Mais m’accuser de vouloir saboter l’ESS, c’est complétement absurde. Je vous fait savoir que c’est Hammar lui-même qui m’a contacté pour me dire qu’il fallait épurer tous les matchs retards avant de continuer le championnat. Moi, je me demande comment j’aurai pu saboter son club. Je vous fais rappeler que les arbitres, ce n’est pas moi qui les désigne. Que l’ESS ou le MCA ou autre soit champion, c’est le dernier de mes soucis. Moi, ma mission est de gérer le championnat et c’est tout.
Vous aviez brillé par votre absence lors de la cérémonie de remise du trophée du champion à l’ESS. Cela a alimenté davantage la polémique…
J’étais absent car c’est le mois de Ramadhan et j’ai dû être auprès de ma famille pour des raisons personnelles. Le ministre de la Jeunesse et des Sports m’avait appelé pour l’accompagner à Sétif, mais je me suis excusé. Hammar m’a envoyé un sms pour me convier à cette cérémonie et là aussi, je me suis excusé de ne pouvoir venir. Le vice-président de la LFP a remis le trophée à l’ESS et il n’y a aucun problème. N’oubliez pas aussi que le président de la FAF était présent. Ce n’est pas une obligation que le président de la LFP soit présent. Et je le redis, cela n’a rien à voir avec la polémique qui a éclaté lors des précédentes semaines.
On imagine que cette saison vous a éreinté…
Evidemment. J’avais hâte que le championnat prenne fin. J’espère vraiment qu’on ne va plus assister à un tel scénario.
C’est votre plus mauvaise saison en tant que président ?
Oui, sans hésitation, même si je le répète, je n’endosse pas seul la responsabilité de ce retard. On est tous responsables.
Il y a le cas du RC Relizane qui fait polémique actuellement. Le président du RCR a déclaré que vous lui aviez promis que le club allait récupérer trois points, mais il n’en fut rien. Vous répondez quoi à ça ?
Pour être franc, le président de Relizane a fait beaucoup d’efforts pour régulariser les dettes du club et payer les joueurs. Après, la loi est claire. Lorsque les dettes dépassent la somme allouée au club relative aux droits de retransmission télé, on sanctionne le club en lui retirant des points. Sinon, pour les trois autres points retirés, c’est la faute aux supporters du RCR qui ont empêché le match de se jouer. Là, il n’y a rien à faire.
Vous n’avez pas répondu à la question…
Kerbadj n’a rien à voir dans cette affaire. C’est la commission de discipline qui a défalqué ces points au club, pas moi. Je ne peux me substituer à la décision de cette commission. Elle est souveraine. Après, quand le club a déposé un recours, nous, en tant que Ligue, nous avons promis au club qu’on allait témoigner auprès de la commission des recours de la FAF de la bonne foi de la nouvelle direction, qui a tout fait pour régulariser les joueurs, c’est tout.
Le RCR a déposé un recours auprès du TAS et on commence à penser que la saison prochaine, la Ligue 1 se jouera avec 17 clubs. Un commentaire ?
Quand le verdict sera prononcé, on verra. Pour l’instant, ça ne sert à rien de parler pour ne rien dire.
Tous les observateurs ont été unanimes pour dire qu’au vu du rendement du RCR tout au long de la saison, il ne méritait pas de descendre sportivement parlant…
Oui, je suis d’accord. Le RCR a produit l’un des meilleurs footballs de la Ligue 1 la saison passée. Il a gagné quasiment tous ses matchs à domicile. Il ne mérite pas de descendre. Après, d’un autre côté, je dirai que la relégation n’est pas la fin du monde. Blida a été relégué et il est revenu parmi l’élite une année après. Pareil pour l’USMBA. C’est ça le football.
Parlons de la corruption qui gangrène notre football. Beaucoup de soupçons tournent autour de certains matchs arrangés. La Ligue a-t-elle eu des preuves ?
Non, rien du tout. Personne n’a apporté de preuves ni même déposé de plaintes. Après, chaque fin de saison, on parle de matchs arrangés, etc et cela depuis l’indépendance. Ça ne date pas d’aujourd’hui ou d’hier, mais de plusieurs années maintenant.
La Ligue a commencé à préparer l’exercice à venir. Quelles seront les principales décisions en vue de cette nouvelle saison ?
Il y a d’abord les dispositions réglementaires de la nouvelle saison qu’on va publier la semaine prochaine via notre site web. Il y aura le retour des joueurs étrangers et la délimitation du nombre de prêts de joueurs. On est en train aussi d’élaborer le calendrier au complet.
Vous avez évoqué le retour des joueurs étrangers dans notre championnat. Est-il vrai que la limite d’âge a été fixée à 27 ans ?
Non, pas 27, mais 30 ans. Un joueur étranger de 28 ou 29 ans peut encore apporter. Après, les clubs doivent répondre au cahier des charges et donner des garanties financières notamment concernant la prise en charge de ces joueurs étrangers. On en a marre des joueurs qui vont se plaindre au niveau de la FIFA. Désormais, les clubs doivent déposer des chèques de garantie pour chaque joueur pour une durée d’un an. Au cas contraire, le joueur ne sera pas qualifié. Aussi, le joueur étranger a une période pour faire son permis de travail, ou bien sa licence lui sera retirée.
Parlons maintenant de la date de la reprise du championnat. Certains affirment que la saison débutera au mois de septembre. Est-ce officiel ?
J’avais fait une proposition lors de la dernière réunion du Bureau fédéral afin de programmer une réunion avec l’ensemble des présidents des  Ligues 1 et  2. Et pas seulement ça puisqu’on veut aussi se réunir avec les entraîneurs et les médecins de l’ensemble des clubs afin d’en savoir davantage sur la durée de repos pour un joueur lors de l’intersaison. Dans tous les cas, moi j’avais proposé  que la saison débute lors de la première semaine du mois de septembre.
Surtout que la saison prochaine, il y a beaucoup d’échéances…
Déjà, nous avons 4 clubs qui n’ont pas encore terminé leur saison  en coupe et surtout ceux qui sont engagés en compétition africaine. Pour ce qui est de la saison prochaine, il y aura la Coupe du monde mais aussi le CHAN. Afin d’être présents dans ces compétition, il faut que les clubs soient compréhensifs. On sera dans l’obligation de jouer 2 rencontres par semaine.
Et pour ce qui est des clubs qui participent en compétition africaine ?
Bien évidemment, on prendra en considération cela. Toutefois, je dirai que l’ensemble des clubs engagé en compétition africaine doivent impérativement jouer leur match de championnat 48h avant leur rencontre internationale. Cette saison, la Ligue a été très souple avec les clubs engagés mais ce ne sera plus le cas la saison prochaine. Que ce soit pour un déplacement au Maroc ou en Afrique du Sud, ce sera le même traitement pour tout le monde. Maintenant, pour les clubs qui ne peuvent pas respecter cet engagement, mieux vaut ne pas participer à la compétition africaine.
Le championnat des équipes réserves sera-t-il maintenu la saison prochaine ?
Oui, il sera maintenu. Nous avons sauvé pas mal de joueurs qui n’ont pas eu l’occasion de jouer en senior de prendre part au championnat de la réserve. C’est une bonne chose puisque nous avons pu, à l’image de la JSK, découvrir pas mal de bons joueurs.
Revenons à vous. Seriez-vous officiellement le président de la Ligue nationale de football la saison prochaine ?
Je tiens à dire dans un premier temps que je n’ai jamais fait de comédie car lors de l’assemblée, j’avais réellement souhaité partir. Je n’ai monté aucun scénario car je ne suis pas demandeur. Je le redis encore une fois, si les présidents de club trouvent un candidat, qu’il se présente et je suis prêt à partir.
Qu’est-ce qui vous a le plus motivé à changer d’avis ?
Ecoutez, la veille de l’assemblée, le ministre m’a appelé en personne au téléphone et m’a rappelé que j’étais un cadre de l’Etat et qu’il fallait que je reste. Je suis un fonctionnaire de l’Etat avant toute chose avant même que je sois président de la Ligue. Je ne peux donc pas partir et claquer la porte sur un coup de tête. En voyant que, le jour de l’assemblée, j’ai obtenu le soutien de la majorité des présidents de club, j’ai donc décidé de rester.
Certains pensent que la principale raison qui vous a poussé à partir c’est le conflit qu’il y a entre vous et le président de la FAF, Zetchi ?
Non, je n’ai aucun problème avec Zetchi. Il est vrai qu’il peut y avoir quelques malentendus mais sans plus. Dans tous les cas, je n’ai jamais exposé mes problèmes. Le linge sale se lave en famille et pas ailleurs. La seule raison qui m’a poussé à vouloir partir c’est la surcharge de travail. On m’a aussi beaucoup critiqué gratuitement dans des affaires dans lesquelles je n’avais absolument rien à voir.
Avez-vous eu des problèmes personnels suite à ces nombreuses critiques ?
Oui. Mes enfants m’ont demandé de me retirer de la Ligue car ils voyaient le nom de Kerbadj tous les matins dans les unes des journaux. Ils ont refusé   que le nom de la famille soit sali. Chacun osait parler de Kerbadj alors que je n’y étais pour rien dans plusieurs affaires.
Quelques semaines après le soutien des présidents, les critiques ont refait surface. Comment avez-vous géré cela ?
A chaque fois, c’est Kerbadj qui est au centre des critiques. On m’accuse de reporter un match,  on dit que je suis responsable des fautes d’arbitrage et plein d’autres choses. Ce n’est pas normal.
Vous a-t-on poussé à la démission ?
Non, personne ne m’a poussé à la démission. J’ai pris cette décision de mon propre gré. Mais je dis qu’aucun président n’a à me dicter sa loi. Celui qui veut me poser des conditions n’a qu’à prendre ma place. Je dirai aussi que je n’ai pas besoin d’avoir des indicateurs. J’ai 64 ans et je n’ai besoin de personne.
Parlons maintenant de la Coupe arabe. Qui ouvre droit à cette compétition ?
Lors de notre dernière réunion à Djeddah avec les responsables de la compétition, on nous a fait savoir que  le vainqueur de la Coupe d’Algérie, voire le finaliste, sont en droit de participer à cette compétition. A aucun moment on nous a parlé du premier, du second ou du troisième au classement. Les responsables de la Coupe arabe n’ont pas parlé du championnat algérien mais plutôt de la coupe. Maintenant, je tiens à dire que c’est à la FAF de désigner les clubs participants. Cela ne fait   pas partie des prérogatives de la FAF.
Un mot pour les présidents de club en prévision de la saison prochaine ?
Dans un premier temps, je souhaite Aïd Moubarak pour l’ensemble de la grande famille sportive algérienne. J’espère que la prochaine saison sera une grande réussite sur tous les plans à commencer par la sélection nationale. J’espère que l’Algérie parviendra à se qualifier pour le mondial en Russie. Je souhaite aussi beaucoup de réussite aux deux clubs algériens participants en compétition africaine,   le MCA et l’USMA. Pour revenir à la saison prochaine, j’aimerais m’adresser aux supporters des clubs pour leur dire que le football n’est qu’un jeu. Quant aux présidents de club, je leur dit de faire preuve de beaucoup de retenue dans leurs déclarations. Moi-même j’étais président de club et il m’est arrivé de regretter certaines déclarations. Je tiens aussi à dire quelque chose au sujet de l’arbitrage…
Allez-y…
Arrêtons de parler des arbitres. Ce sont des Algériens. Allah Ghaleb, c’est ça le niveau de l’arbitrage algérien, alors ce n’est pas la peine de parler de ça après chaque journée. Lorsqu’on voit des dirigeants de club qui rentrent sur le terrain pour agresser des arbitres, c’est vraiment scandaleux. Cela ne sert à rien de s’attaquer entre nous car, au final, nous n’avons rien à gagner. L’Entente vient de remporter le championnat. Dans quelques semaines, l’ESS disputera une nouvelle saison et rebelote. Donc pas la peine de faire toute une histoire et créer la polémique. J’espère que mon message sera reçu par les présidents de club.
Espérez-vous une saison sans violence dans les stades ?
Je l’espère. Nous en avons ras-le-bol de la violence dans nos stades. J’espère que les supporters se montreront à la hauteur la saison prochaine. Je profite de cette occasion pour remercier l’ensemble des agents de police, de la gendarmerie mais aussi de la Protection civile qui ont assuré la protection durant toute une saison dans nos stades. Je remercie  Abdelghani Hamel qui a toujours été présent en ce qui concerne la sécurité de nos stades.

Publié dans : algerie ess hammar faf Kerbadj lnf Zetchi

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