Interview

Deschamps se livre en exclusivité au Buteur : «Aucune démarche avec Aouar, avant que je prenne la décision de le sélectionner»

«Un match France-Algérie ? Il n’y a pas de raison pour que ça ne puisse pas avoir lieu de nouveau»

Auteur : Hamza Rahmouni samedi 23 février 2019 11:24

Ayant remporté avec brio le trophée du meilleur entraîneur de l’année 2018 du sondage réalisé par Le Buteur et auquel ont participé presque 135 médias arabes, le sélectionneur français, Didier Deschamps, s’est dit fier et content de remporter une telle distinction. Celui qui a réussi à remporter la Coupe du monde comme joueur puis entraîneur s’est confié en exclusivité au Buteur pour évoquer plusieurs sujets, entre autres son nouveau trophée, la Coupe du monde remportée en Russie, mais aussi et surtout l’équipe d’Algérie, Djamel Belmadi et Riyad Mahrez. Le champion du monde a aussi parlé de sujets tabous et complexes, comme la convocation de Nabil Fekir et le surtout le dossier Houssam Aouar. Didier Deschamps s’exprime, pour la première fois, sur ce dossier. Le Buteur reste fidèle à ses traditions d’exclusivité.

On imagine que c’est un peu spécial pour vous d’être désigné meilleur entraîneur au monde lors du sondage organisé par Le Buteur et auquel ont participé 135 médias arabes…

Oui, c’est une fierté et un honneur pour moi. C’est vrai que j’ai reçu pas mal de récompenses depuis ce titre de champion du monde, et c’est quelque chose que je veux toujours partager avec l’ensemble de mon staff et mes joueurs bien évidemment. Nous sommes restés 45 jours ensemble pour arriver à ce titre de champion du monde. 

Une pensée particulière ?

Oui, beaucoup d’émotion. Parce que, malheureusement, j’ai dû subir ces dernières années certaines attaques par rapport aux choix que je pouvais faire et qui ont été qualifiées d’injustes. Donc, je prends cette récompense, par rapport à tous ceux qui ont voté pour moi, comme une belle réponse à la stupidité de certaines personnes.

Pensez-vous que cette réponse s’explique par le titre mondial que vous avez remporté avec les Bleus en Russie ?

Oui, bien évidemment. Il n’y rien dans le football qui est au-dessus d’une coupe du monde. Ce titre de champion du monde remporté avec l’équipe de France a accentué un peu tout dans le positif.

En parlant de cette Coupe du monde 2018, la France n’avait pourtant pas, avant le début de la compétition, ce statu de favori, comme l’avaient par exemple le Brésil et la Belgique…

Aussi l’Espagne ou l’Allemagne. Nous, on faisait partie, peut-être comme la Belgique aussi, de ces équipes compétitives. Mais oui, il y avait trois ou autres équipes qui étaient annoncées comme les favorites du Mondial. On peut aussi ajouter l’Argentine. La France était considérée comme une équipe capable de faire une bonne Coupe du monde.

Vous personnellement, croyiez en les chances de l’équipe de France de remporter le Mondial ?

Oui, j’y croyais. Après, je connaissais bien évidemment la difficulté de la tâche, vu la qualité des adversaires aussi. C’était un long parcours. Mais avoir confiance en son groupe et en ses joueurs, et se dire qu’on est capables de le faire. Après, il faut tout réaliser sur le terrain. Les joueurs, en venant au premier rassemblement, avaient cette idée au fond de la tête et ils se préparaient pour aller au titre de champion du monde. Après, tout le monde se prépare pour cet objectif et il n’y a qu’un seul champion au final. Et cette année, il s’agit de la France.

Pourtant, ça a été un peu difficile au début, si on prend en considération votre premier match face à l’Australie…

Je dirais même laborieux. Certes, nous avons obtenu, ce jour-là, le résultat qu’on voulait, mais ce n’était pas satisfaisant, ni dans la manière, ni dans l’état d’esprit. Mais ça nous a servi, puisque ça a été beaucoup mieux lors du second match face au Pérou. Mis à part le troisième match face au Danemark que nous avions abordé en étant déjà qualifiés, l’équipe est par la suite montée en puissance lors des matchs à élimination directe, notamment face à l’Argentine. L’équipe a pris énormément confiance en soi et ça a été terriblement efficace, que ce soit défensivement ou offensivement.

Comment avez-vous géré cette coupe du monde ? Avez-vous imité Aimé Jacquet dans la gestion du groupe ?

Non, pas imité. Mais il y a toujours des choses à retenir. Il y a un fil conducteur, mais il faut bien s’adapter car ce ne sont pas les mêmes joueurs, ni les mêmes mentalités. Ce n’est pas le même contexte car nous étions en Russie alors que le Mondial remporté en 98 s’est joué en France. L’attente est, certes, toujours importante de la part des médias et des supporters. L’expérience que j’ai pu vivre en tant que joueur lors du Mondial-98 m’a servi, mais aussi mon expérience bien avant en club lorsque j’étais entraîneur et dont on retient beaucoup de choses positives.

Y avait-il des secrets dans votre gestion du groupe lors de ce Mondial ?

Non, je ne pense pas que ça soit des secrets. Après, chaque entraîneur a sa propre vision et son propre management. Vous savez, il n’y a pas une seule solution pour arriver à gagner. Nous, on a réussi à gagner comme ça, mais je le repère, il n’y a pas qu’une seule possibilité pour gagner.

Avez-vous senti une certaine pression, au moment de faire des choix techniques tels que la mise à l’écart d’un joueur comme Benzema qui a réalisé une belle saison avec le Real ?

Je ne suis pas là pour faire des choix populaires ou impopulaires. Je ne fais pas de choix pour moi, mais ce que je pense être le bien pour l’équipe de France. Je fais des choix, et ma plus grande décision a été de faire la liste des 23. J’ai la chance d’avoir beaucoup de joueurs compétitifs. Il y en a certains que je n’ai pas pris et qui méritaient d’être présents. Mais je n’ai que 23 à prendre. Pas forcément les meilleurs, je compose le meilleur groupe. C’est différent. C’est choisir ou construire le meilleur groupe capable d’aller le plus loin possible dans la compétition. Ce n’est pas prendre les meilleurs joueurs.

Le match contre la Belgique a-t-il été le plus stressant pour vous durant le Mondial ?

Non, pas forcément le plus stressant. Il y a, certes, toujours beaucoup de tension et d’excitation. Mais le match qui nous fait basculer du bon côté est sans doute celui contre l’Argentine. Parce que c’est le seul match où on est menés et en plus pendant neuf minutes. Parce qu’on est éliminés. Et si on est éliminés en huitièmes de finale, ce n’est forcément pas la même chose (il sourit).

Nabil Fekir a failli jouer pour l’Algérie, avant d’opter pour la France avec laquelle il est champion du monde. Quel est son apport au sein du groupe, peut-on dire aussi qu’il a fait le bon choix sur le plan sportif ?

Ça, il faudra le lui demander. J’ai tout fait pour qu’il vienne jouer en équipe de France. Mais ce n’était certainement pas pour l’empêcher de jouer pour l’Algérie. Il (Nabil Fekir) est comme beaucoup de joueurs qui ont la double nationalité. Ils ont cette liberté. Je n’ai jamais sélectionné un joueur juste pour l’empêcher d’aller jouer contre le pays de l’autre nation. Et je ne le ferai jamais. Quand je prends un joueur, c’est parce que j’estime qu’il peut apporter un plus à l’équipe de France.  Et Nabil l’a prouvé, même s’il a eu une grave blessure avec nous au Portugal lors d’un match international. Et à la Coupe du monde, il faisait partie des 23, et je sais qu’il est très fier de ce titre de champion du monde. Et ce n’est pas pour ça qu’il va négliger ses racines. Il est très attaché à l’Algérie et à sa famille.  Il a fait un choix professionnel. Humainement, ce n’est pas très évident, mais c’est un choix professionnel. Et moi, je suis très heureux qu’il ait pu choisir l’équipe de France.

Qu’est-ce qu’il a apporté à l’équipe de France, justement ?

C’est un joueur qui est dans la créativité. Un joueur qui est capable de faire la différence à tout moment. Balle au pied, il est décisif. Il fait marquer et il marque aussi. Mais s’il n’a pas un rôle de titulaire avec nous, je l’ai utilisé souvent en cours de match. Il a souvent été performant quant j’ai fait appel à lui.  

Ça ne vous gêne pas qu’on vous demande si Karim Benzema sera rappelé prochainement en équipe de France ?

Non, ça ne me gêne pas qu’on me pose la question. Vous savez, aujourd’hui, comme hier et avant-hier, je fais toujours des choix par rapport à un groupe et aux joueurs qui sont sélectionnables. Voilà, à chaque fois, à chaque match, j’ai des listes à faire. Je réfléchis, avant de prendre des décisions.

Djamel Belmadi est aujourd’hui sélectionneur de l’Algérie. Que peut-il apporter de plus à l’équipe algérienne et quel conseil pourriez-vous lui donner dans la gestion des stars algériennes ?

Non, je n’ai pas de conseils à lui donner. J’ai eu un grand plaisir de lui parler puisque nous étions, tous les deux, à la cérémonie de la FIFA, à Londres, au mois de septembre dernier. On a pu échanger assez longuement. Je lui souhaite le meilleur. Après, je n’ai pas de conseils à lui donner. Nous avons discuté des différentes situations, mais je n’entrerai pas dans les détails. Il est confronté, peut-être, à des spécificités que je n’ai peut-être pas moi aussi. Après, vous savez, être sélectionneur, c’est évidemment l’aspect purement sportif avec la gestion de ce qui se passe sur le terrain. Mais c’est aussi aujourd’hui beaucoup de gestion humaine et de management. Il faut qu’il fasse avec ses propres valeurs, et s’adapter, car le maître-mot, c’est de s’adapter aux joueurs, aux différents caractères.

Vous, par exemple, comment vous faites pour gérer des stars comme Pogba et Griezmann ?

Les stars, les vraies stars ne sont pas difficiles à gérer. Les vraies stars se mettent toujours au service du collectif. Ils savent qu’elles sont importantes pour le groupe, ce sont des leaders naturels.

Houssam Aouar est un joueur qui a cette possibilité de choisir entre l’Algérie et la France. Est-il un joueur qui vous intéresse, avez-vous pris contact avec lui ?

Je ne prends pas de contact pour vendre des paillettes aux joueurs. Evidemment, c’est un joueur qui fait partie de la génération Espoirs qui s’est qualifiée pour le championnat d’Europe qui aura lieu au mois de juin prochain. Evidemment, on le suit comme d’autres joueurs. Mais je ne vais pas faire de démarches avant que je prenne la décision de le sélectionner. J’ai entendu dire que l’Algérie voulait le faire venir. Je ne vais pas m’opposer, ça fait partie de la liberté qu’a le joueur de pouvoir choisir l’une ou l’autre des équipes nationales. Voilà, il y a beaucoup de concurrence. A un moment, j’ai pris un de ses coéquipiers, Tanguy Ndombele, qui joue avec lui à Lyon. Mais il fait partie des jeunes joueurs qui progressent et qui sont performants en Ligue 1 et en équipe de France Espoirs.

Pour Aouar, allez-vous attendre l’Euro pour prendre une décision finale ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas de dates. Ce sont des circonstances. Aujourd’hui, il fait partie de cette génération censée participer à la phase finale de l’Euro au mois de juin prochain.

Parlons maintenant, si vous le voulez bien, de Ryad Mahrez. Pensez-vous qu’il peut être le principal leader de l’équipe algérienne ?

Mahrez est quelqu’un qui a toujours été important pour le club auquel il a joué. C’est quelqu’un d’important pour l’Equipe nationale d’Algérie. C’est donc normal qu’on attend beaucoup de lui parce qu’il a été reconnu individuellement grâce à ces titres-là et tout ce qu’il a fait. Après, je ne le connais pas personnellement. Je ne connais pas son caractère ni sa personnalité. Mais c’est forcément un leader offensif pour l’équipe d’Algérie.

Allons-nous assister prochainement à un match France-Algérie ?

Pourquoi pas ? Ce n’est pas programmé pour cette année puisque nous avons des matchs de qualifications et que tout est bouclé. C’est un match qui a déjà eu lieu par le passé, même si malheureusement, il y a eu des incidents qui n’auraient pas dû avoir lieu. Il n’y a donc pas de raison pour qu’on ne programme pas une autre confrontation.

Un attaquant évoluant au Qatar, coéquipier de Xavi, a terminé l’année 2018 à la première place des meilleurs buteurs devant Messi et Ronaldo…

Je ne le savais pas.   

C’est un joueur qui a été courtisé par l’OM. Le connaissez-vous ?

De nom, comme ça. Mais je regarde surtout les joueurs français. Il y a une bonne cinquantaine de joueurs à regarder qui évoluent un peu partout en Europe. Mais ça reste une très bonne performance de mettre autant de buts en une seule saison.

Un message pour la population arabe et pour le peuple algérien en particulier ?

Je vous remercie de m’avoir remis ce prix. C’est un honneur et une fierté pour moi. Je souhaite à la sélection algérienne et à Djamel les meilleurs succès possibles. Je sais qu’il y a beaucoup d’attentes dans le pays par rapport à l’Equipe nationale. Voilà, je leur souhaite de vivre de très belles émotions.

Publié dans : deschamps

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